![]() |
| I appreciate honesty |
Interprétant rapidement cette
proposition, on peut retenir l'idée que ce qui lubrifie les
échanges sociaux n'est pas la confiance, mais l’honnêteté.
Nous sommes plus rarement convaincus de ce que les autres vont faire,
et de leur bienveillance, que ce qu'il nous disent est vrai. La
confiance n'est qu'un dérivé de cette croyance, nous pouvons en
effet faire confiance pour d'autres raisons, notamment la possibilité
de sanctionner celui qui a fait défaut.
Ne soyons pas étonné de la
proposition d'un Fukuyama qui voit dans la société américaine plus
de confiance que dans les société latines, celles qui ont
développées un système judiciaire fort, permettent à plus
d'agents de faire valoir leur droit quand la confiance est rompue.
Une société faite de liens forts en réduit les possibilités, le
nombre de ceux auxquels on peut faire confiance est restreint dans
les tribus, car la sanction ne peut être prononcée que dans le
cercles restreint des conseils de famille. La rétorsion est en fait
le concept central des théories de la confiance.
Mais face à l'étranger, cette option
est inopérante. Il a un pays de refuge où nos règles ne s’exercent
pas. La confiance ne dérive pas de la sanction, mais d'un a
priori.Il dit vrai, il est honnête.
Le monde de l'internet où l'identité
est approximative, les possibilités de rétorsions réduites, les
tribunaux incertains, n'est à pas l'évidence pas un espace
favorable à la confiance. La rétorsion y est impotente. Il ne
reste que cette hypothèse d'honnêteté même si le cynique ne peut
l'accepter. On accorde tant d'avanatges au mensonge, à la ruse,
voire même à l'hypocrisie.
Et pourtant, nous n’hésitons pas à
parler à des inconnus, ni même à engager des relations
sentimentales, pire nous y achetons, nous y échangeons, nous
partageons. Une hypothèse naturelle serait-donc que nous attribuons
à autrui une vertu que nous n'avons pas forcément complètement,
celle de l’honnêteté. Hypothèse d'autant plus étrange, que le
mensonge semble une chose largement partagée.
Arrêtons nous un instant sur ses
formes. D'abord le mensonge peut être délibéré : on fournit
aisément dans les formulaire des numéros de téléphone erronés,
des noms dans lesquels ont glisse sans scrupules des erreurs de
graphies, on ment sur son age, sa taille, on fourni des photos
d'autres. Le mensonge peut être aussi simplement une omission. On ne
dit pas tout, dans les listes de préférences on en indique qu'une
partie. On se soustrait à la surveillance, effaçant périodiquement
des centaines de cookies, ou nos historiques de consultation. Le
mensonge est surtout souvent involontaire, il se fait dans ce que
nous répondons dépend moins de ce que nous sommes que ce qu'on nous
demande. Le fait est qu'entre les faux commentaires, les faux
reportages, les fausses notices d'information, la fausseté des
artistes de la communication, l'univers de l'internet semble être
celui des faux semblants et des illusions, plus que cette galaxie
d'information dans laquelle les masses d'information s'agrègent par
la force d'une certaine gravité : celle
de la vérité.
Et pourtant nous faisons confiance,
sans possibilité de rétorsions. Nous prenons ce monde comme un
monde sans biais, nous achetons, nous consommons. Nous agissons en
croyant à la force de l’honnêteté. C'est le fait primaire, la
confiance est un concept dérivé. De manière irrationnelle nous
faisons l'hypothèse de l’honnêteté des inconnus. Nous nous en
nous défions que si nous discernons chez eux, les signes de ce
qu'ils nous mentent.
Ce mystère peut cependant être levé
de deux manières. La première est de reprendre certaines thèses
évolutionnistes. Les menteurs ont peu de chance de se reproduire, la
sanction qu'on peut leur appliquer à défaut de toute autre
rétorsion est de ne plus les croire. A la manière de pierre et le
loup. Les menteurs ont peu de chance de se perpétuer, à force de
mentir on ne les croit plus.
Mais on peut aller plus encore un peu
loin, et reprendre la
vieille théorie du handicap : pour signaler une qualité,
on doit la prouver par un handicap. Le paon ne ment pas sur sa
beauté, car sa roue en fait une proie visible. S'il se permet ce
handicap, c'est qu'il possède vraiment cette qualité. Et l'avantage
de reproduction qu'il en tire - être choisi par les faisanes -
dépasse le coût d'être dévoré. Le paon est honnête, c'est le
handicap de l’honnêteté qui lui donne un avantage.
La seconde manière de résoudre le
mystère est que nous ne sommes pas des oies blanches, que menteurs
nous sachons que les autres mentent. Mais nous savons qu'ils mentent
comme nous ! Nous mentons partiellement. Et cela suffit pour
développer une croyance particulière : celle de discerner chez
les autres les éléments de leurs mensonges. Nous pourrions ainsi
évoluer dans un environnement mensonger, et lui faire confiance,
pour la simple raison que nous sommes persuadé de faire la part du
bon de l'ivraie. C'est notamment l'objet des recherches de Joey
George.
Les deux arguments se combinent sans
difficulté. Dans un monde mensonger, parce que nous savons déceler
le vrai du faux, ou simplement que nous en soyons persuadé, nous
pouvons aisément croire que les Paon sont honnêtes. Les faisanes
savent qu'ils disent vrai. Ils font de beaux oisillons. Si elle
n'étaient pas persuadées de discerner le vrai du faux, une roue
flamboyante d'une crête écarlate – ce ne sont pas des poules,
cela ne vaudrait pas le coup pour les paons de risquer d'un coup
d'éventail de dresser une cible à leurs prédateurs. Il suffit
qu'elle croient que le paon dit vrai.
Dans un monde de mensonge, ce qui qui
compte est finalement la capacité à croire discerner parmi les
signes ceux qui sont vrais et ceux qui sont mensongers. Même si
aucun signe ne dit le vrai, ceux qui sont mensongers seront testés.
Les croyances erronées seront éliminées, et apprendre quels signes
sont faux, en renforçant cette conviction de discerner le vrai du
faux, renforcera l'idée que les autres sont honnêtes, et que
fortement ils s'exprime, plus honnête ils sont.
L'hypothèse que la croyance en
l’honnête des autres est le moteur de la croissance dans un
univers mensongers est sans doute une des questions de recherche la
plus pertinente pour comprendre la logique du monde digital.
Et si tout cela semble abstrait,
revenons à un éléments concret : comment comprendre alors que
75% des gens pensent que les commentaires sur internet sont
trompeurs, la même proportion en tient compte. Comment comprendre
alors qu'on pense que les information sont fausses, nous les prenions
en compte ? C'est parce que persuadé de discerner le mensonge
de la sincérité, nous faisons l'hypothèse de l'honnêteté, que
ceux qui disent vrai le manifeste au point de souffrir de profonds
handicaps. Ces signes coûteux nous apprenant à discerner le vrai du
faux, nous renforcent dans l'idée que ce que les autres disent est à
priori vrai.
La confiance ainsi ne se nourri pas de
foi mais de la pratique de l'honnêteté. Et la preuve empirique, est
que du marché du village ) e-bay, au fond les escroqueries sont
rares. Les marchés ne fonctionnent pas par la confiance, mais par
l’honnêteté de leurs acteurs, ou du moins d'une large majorité,
et par la croyance qu'ils ont de reconnaître l'honnêteté de leurs
partenaires.
Publié aussi ici
Publié aussi ici

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire